Santiago n'est pas tout à fait aussi attrayante (une ville se traite-t-elle au féminin ou masculin ?) que Buenos-Aires et ne présente pas l'éclectisme de son port pacifique; Valparaiso. Santiago étend son énorme métropole urbaine entre les Andes encore neigeuses, inaccessibles sommets qui la séparent de la voisine géante argentine et la précordillère — montagnes arides et moins élevées — qui la sépare de l’océan.

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Santiago une énorme mégalopole qui respira la splendeur et le faste si l’on en croit les ruines des palais, des demeures, des édifices aux façades impressionnantes qui ne sont plus que des façades branlantes et poussiéreuses (qu’on se rassure tout ne croule pas, mais la poésie invite certaine image et oublie les édifice moderne antisismique et souvent laids). Des années de crises, de reprises et de nouvelles récessions, de dictature, de pauvreté et de richesses qui se toisent et s’opposent, d’Ouest en Est, du Nord au Sud ont créé ce congloméra de constructions et de rues. D’Ouest en Est du Nord au Sud la ville se souvient des cultures et des civilisations qui jadis peuplaient ces terres. Les communes qui forment le grand Santiago, Ñuñoa, Pudahuel, Maipu, Huechuraba … portent des noms Mapuches, tristes restes d’une civilisation qui se débat et résiste à l’envahisseur hispano (mais tout ceci est de l’histoire ancienne me dira-t-on !).

Les rues, les artères vrombissantes de la ville se prénomment elles aussi d’après la tradition Mapuche ou Araucan, mais elles croisent celles qui portent le noms des Conquistadores fondateurs de la ville, du pays, libérateurs et autres héros nationaux : Pedro De Valdivia, San Martin etc. …

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Le tout chapeauté par un épais nuage gris, mélange de pollution, de pollution et de pollution. Heureusement il y a l’humain dans tout ceci.

 

Bref n’étant pas à l’endroit adéquat pour un parcours touristique, ni même historique ou politique (pourquoi pas) la visite de Santiago continue pour nous place Brasil. Là se côtoient et s’épaulent deux bâtisses l’une rouge ancienne maison particulière aux portes en bois blanc abrite Espiral, l’autre, un grand hangar taggué de toute part à l’effigie de Victor Jara abrite la fondation Victor Jara.

 

L’histoire est lourde ou forte et résiste au temps, aux tracas de la politique, aux irréductibles forces occultes d’une justice aveugle. La famille Jara-Bunster après un exil en Grande Bretagne en 1973 revient au Chili. Là, plaza Brasil, Patricio fonde la compagnie Espiral. Une compagnie, une école, un lieu surtout, où se concentre se rencontre une forme de résistance à la dictature encore en place, avec d’autres artistes, intellectuels, activistes et politiques :

 

Le temps passe, la dictature aussi (!!!), en 2006, Espiral perd son père fondateur, chorégraphe et maestro comme tous l’appellent ici et la danse perdure, continue. Elle entre dans le cursus universitaire de l’Université Académie d’Humanisme Chrétien, université autonome.

Aujourd’hui Manuela, la fille de Buster et de Joan Turner-Jara (elle épousa en seconde noce Victor Jara qui fut le père vivant de Manuela et Amanda, la seconde fille) dirige Espiral, toujours école et compagnie, toujours lieu de rencontre, de vie, de danse, surtout, de danse. D’Espiral tout le monde ou presque dans la danse chilienne est issu. La danse contemporaine en tout cas. Les chorégraphes, les danseurs, les enseignants, les penseurs, les compositeurs, les autres et les autres encore qui sont passés par-là s’en souviennent et y reviennent. Portes ouvertes sur la petite cuisine ou œuvre Veronica, porte ouverte sur le studio aux briques blanches dans lequel Pian Bausch (oui vous lisez correctement) créa sa dernière pièce « como el Musguido en la peindra, ay si, si, si … », titre d’une chanson de Violeta Parra autre chantre de la culture chilienne.

 

Oui, tout ceci embrouille un peu ce blog de danse. Ce blog qui parle de la danse de Claude et Benjamin. C’est pourtant une danse qui jamais ne se sépare du vivant, du passé du présent qui portent un futur trouble encore et dont nous sommes néanmoins responsables. Pour cela les bases sont absolument nécessaires. Les connaître, c’est aussi les pérenniser.

 

Espiral nous accueille donc, voici 20 cette année que nous venons au Chili, Vingt ans que nous côtoyons Espiral sans pourtant y être réellement venu (une fois deux fois peut-être sommes nous venus voir une présentation, un spectacle, un débat), les routes de la danse nous mettaient en contact avec la danse ici, mais dans d’autres lieux, d’autres universités (oui, les universités sont très présentes dans le parcours des artistes).

Alors le programme que nous concoctons avec Manuela et Marcelo est intense.
Rencontrer la compagnie, six ateliers de quatre heures, transmettre les Indomptés à six couples de garçons qui présenteront leur diplôme avec le duo. Deux master classes ouvertes pour les danseurs extérieurs à l’école et master classes pour les deuxièmes, les troisièmes, les quatrièmes et je crois même pour les cinquièmes années. « Charla » [prononcez tchárla et comprenez discussion ouverte, conférence, débat] avec les étudiants en chorégraphie.

 

Deux semaines d’immersions, de contact, de mouvements, de constructions de projets et de retrouvailles aussi avec les anciens. Ceux avec qui nous avons créé los Ruegos en 97, Absence en 99 er même avec qui nous avions repris la deuxième partie de Folie en 1993. Ô Temps suspend ton vol disait Lamartine.

 

 

Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !