Santiago en effervescence. Les étudiants dans la rue chaque semaine, presque tous les soirs, crient, dansent, manifestent leur désir d'une éducation gratuite. Droit élémentaire me dira-t-on ! Elementaire et tellement rare.

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Nous voici dans la rue avec la danse, avec les professeurs, les chercheurs, les étudiants, les jeunes, les moins, les encore moins. Ça chante, ça danse, et le soleil nous accompagne. Parfois du haut d'un balcon, surgit une fontaine d'eau raffraichissante, un seau, une bassine, et même une baignoire de bébé, qui déversent sur la foule joyeuse une masse d'eau éclaboussante, et la foule en délire qui se rue sous la cascade improvisée.

On gueule contre la loi imbécile et bourgeoise, on crie contre la pérénisation des lois pinochistes. L'ambiance est bon enfant, mais 250 000 personnes ça fait du bruit. Et les danseurs dansent et les musiciens tapent sur leurs tambours et la vie bat son plein, son trop plein d'énergie, de désir d'apprendre, de volonté, de liberté.

Bafouée.

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Et puis tout à coup sans crier gare, sans avertissement, ils attaquent. La police, les carabinieros, appelez-les comme vous voulez. Gros blindés, canons à eau, lacrimogènes, panique. Nous sommes encerclés. La violence qui répond à la fête, ce n'est pas nouveau. C'est peut-être justement pour cela que cela blesse encore plus.

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Retour par les chemins détournés à la plaza Brasil où nous reprenons la danse. IMG_2772

 

La danse, elle s'exprime dans les corps comme dans le reste du monde et nous partageons les heures entre les Indomptés, qui disent justement cette insoumission permanente à un ordre établi. Ce désir de liberté animale, réelle, naturelle. Duo sensible et fougueux qui les emportent tous. Et nous avec.

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Les 2ème, 3ème, 4ème et 5ème années de l'UACH

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Et la compagnie Espiral avec qui nous travaillons des extraits du Témoin, de Folie, des ateliers de toutes sortes et de toutes directions. Entente parfaite et constructive. Entente sublime et hors du temps. Hors des conventions conventionnelles et établies, nécessaires et obligatoires. Il s'établit une communication de danse à danse.

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Séparation difficile. Non pas que le retour à Nantes ne soit pas une joie, que l'immersion de nouveau avec toute l'équipe artistique et administrative qui nous attend dans une effervescence non feinte ne soit pas elle aussi pur moment de joie. Mais la confrontation entre les deux mondes laisse des traces fortes. La mondialisation à outrance, le vide de la société consumériste, l'importance de la lutte et de la communauté prend une existence encore plus marquée. Donc nous continuons. Ici ou là, avec vous, avec eux. La danse comme élément de vie, de soutien, de discours. L’art comme acte  subversif.

La création demeure donc le cheval de Troie, celui qui nous fait pénétrer dans l'humanité, dans l'être, dans l'intime. Celui qui nous fait comprendre de dedans ce que vivre pourrait être.

Pendant notre absence —qui cela dit na durée qu'un mois, c'est court un mois dans une vie — le CCNN a accueilli Daniel Dobeles. Tiens ! Voici là une danse qui part d'autres détours, d'autres frôlements, d'autres flottements sur les mêmes peaux, une danse qui semble s'acheminer sur les mêmes chemins de l'acte sensible, comme une pensée conjuguée par les mains et les pieds, les jambes et les ventres, les poils et le poids, l'élévation et l'enracinement.