D'abord le cadre, stupéfiant, l'immensité d'une nature qui vous attrape et vous enveloppe. La ferme de Trielle est posée là au centre des montagnes depuis presque trente ans.
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Ensuite l'équipe, soudée par un projet d'animation, d'accompagnement des artistes qui se succèdent ici pour partager leur expérience (leurs expériences) et leur(s) savoir(s). Tout s'accorde et tout mène dans un studio où la danse trouve sa naissance. Pour Claude et moi qui parlons de notre danse comme d'un bouillonnement volcanique, qui cherchons le geste tellurique, le mouvement premier qui nous raccorderait à une nature profonde, la nature humaine, la profondeur de notre être, cela coule de source de se retrouver ici.

Une vingtaine de participants —vingt et un exactement— se retrouvent avec nous pour traverser cette danse. Traverser ces danses. Comment être soit dans une écriture chorégraphique si précise, si incisive. Comment se laisser traverser par l' énergie spécifique, ce déchirement, ce poids, cette matière puissante du mouvement tout en restant fidèle à une écriture.

L'investissement que nous demandons à chacun est intense, tant lorsque nous traversons des instants de Phobos que lorsque nous tentons d'appréhender la légèreté, la mouvance et l'aérien de Liberté ou de Furtif.
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L'important est de réveiller cette énergie qui est en nous, qui est en eux, cachée, terrée derrière des barrières de principes et de craintes. Se laisser porter par cette électricité que tout le monde a, mais que tant de danseurs ignorent pourtant.

Travailler seul puis en duo, en trio. S'ancrer dans l'autre, puiser en lui et lui apporter la masse, la matière, le regard. De  l'individu, de l'individuel au duo, passer au groupe pour ne jamais oublier que l'espace, celui dont on nous parle tant, celui dans lequel nous évoluons en permanence, est constitué du groupe. Le groupe social, le groupe tribal, le groupe anarchique ou organisé, libre ou contraint, la famille, le troupeau, la masse humaine, le groupe commence avec "je" et ne cesse jamais. Il mène au social, appelle le politique et l'engagement. De tout cela il faut rendre compte dans le corps, dans la posture, la relation, la communication que peut évoquer, créer et disperser sans langue, cette danse.
Et ce n'est pas le plus facile de se laisser envahir par le rythme de l'autre, la qualité de l'autre, l'odeur de l'autre, la pression, l'engouement, la vitesse.

Donc tout se stage se déroule dans une matière de danse. Se jeter dans la danse comme on s'immerge dans un liquide et qu'on y découvre la nage. Ne pas apprendre, mais découvrir par soit même, par l'accompagnement, par le regard, par le toucher que nos possibilités artistiques, physiques, sensitives sont immenses. Et immensément inconnues de nous-mêmes.

               

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Les mots que les  danseurs nous donnent en fin de séjour expriment  cet essai, réussi, de passation d'un savoir, le réveil des sens, l' exploration de nos matières corporelles, la diversité des gestuelles. Le désir vivifié de repartir.

Danser, finalement, ce n'est qu'une histoire d'amour et d'échange.

Quelle énergie il faut pour ne pas s'endormir derrière des acquis, des tics, des habitudes.