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Invitation surprise à Saint-Pétersbourg.
Jiri et Otto Bubenicek, l'un danseur étoile à Dresden, l'autre à Hambourg, mais tout deux frères jumeaux dansent les Indomptés depuis neuf ans déjà. Mais un rafraîchissement des énergies positives, des intentions humainement animal ou l'inverse, un rappel de corps à corps, un appel de danse se faisait sentir. La dernière fois que nous nous étions vu date de 2005. On oublie, même avec la meilleure volonté du monde, les particularités qui font les danses.
Je me retrouve donc au Marinsky (on ne dit plus le Kirov, mais il s'agit là du même théâtre). Moi (!) le danseur contemporain par excellence (n'inverser pas les mots), le chantre du corps sans école, sans entrave, du corps offert, criant ses aspirations, ses faiblesses et ses fragilités, ses doutes et ses certitudes incertaines, je suis là, dans cet écrins de la danse la plus classique, la plus académique qui soit. Leçon de tolérance et de compréhension, d'échange et de passage.
Couloirs gris, studios d'où s'échappent des notes de piano, des vocalises, personnages insolites croisés dans l'escalier, ténor impressionnant (mais qui ne me voit même ^pas) dans l'ascenseur grinçant. Danseurs qui se plie, qui développent, qui grand battement dans le recoin d'un studio au cinquième étage. Un petit auditorium dont la scène est envahie d'éléments de décors. Il y en a pour toutes les sauces. Un fourbi qui a du voir octobre 17.
Et puis je retrouve Jiri et Otto. Je me suis levé à 5 heures du matin, l'avion, l'escale, le transfert, le théâtre et … la danse. A peine arrivé les Indomptés prennent la place. Il n'y pas d'attente, ce premier mouvement nerveux de la man qui égouttent ses doigts, appelle le suivant qui incontinent est suivi du suivant. La musique d'une danse impérieuse me prend. Nous répétons.
Et ils repartent aussitôt vers un autre studio dans lequel ils répètent autre chose.
La rue, le froid, je traine ma valise dans des rues inconnues, tellement inconnues. Je déchiffre à peine, et avec peine, l'alphabet cyrillique. Traverse un canal gelé, arrive dans une zone désolée, immeuble pourris, poussière, désert. Et trouve un hôtel dans lequel je peux, enfin, poser.
Deux jours de répétition au Marinsky et un gala au théâtre Oktyabrskiy. En fait de gala je me retrouve propulsé parmi les grandes étoiles du classique, du flamenco et un groupe de danseurs américains les Bad Boys of Dance. Les Bayadères et corsaires, les codas et les fouettés, les tours en l'air et les virevoltades se succèdent, se suivent et se ressemblent toutes. Un très beau duo de flamenco casse un peu la farandole de tutus et de collants et les Indomptés proposent une danse étonnante, insolite. Hors du commun.
Et puis surprise il y a remise de prix. Mais tellement persuadé qu'aucun prix ne saurait échoir à cette danse hérétique que nous avons proposé je discute évasivement avec un danseur retrouvé ici. Le monde de la danse est petit. Lorsque j'entends Jiri et Otto Bubenicek, prix du meilleur duo.
A y réfléchir, il y a une forme de logique et de justice ici. Les Indomptés : le duo par définition. le duo par la danse, le duel intime, être dans la danse de l'autre par le senti, le ressenti, le chant du monde et ne danser que parce l'autre m'y autorise, m'y invite, m'y pousse, m'y appelle. Sortir de soi pour répondre à l'autre. Ne bouger que lorsque l'autre bouge. Je suis l'autre.
[Ashley Bouder et Daniel Ulbricht (New York City Ballet), Isabelle Ciaravola et Matthieu Ganot (Paris Opera Ballet), Yonah Acosta (English National Ballet), Jiri Bubenicek (Dresden Semper Oper Ballet) et Otto Bubenicek (Hamburg Ballet), Maria Eichwald et Filip Barankiewicz (Stuttgart Ballet), Dinu Tamazlakaru, Iana Salenko et Marian Walter (Staatsoper Berlin), Elena Algado et Miguel Angel Corbacho (National Ballet of Spain), Joseph Gatti (Boston Ballet), Ivan Vasiliev (Mikhaïlovski Théâtre), Denis Matvienko (National Opera et Ballet Theatre de l'Ukraine), Anastasia Matvienko (Mariinsky Théâtre) et les autres. ont participé à ce gala]
Ensuite de quoi nous décollons chacun pour une direction lointaine. Les jumeaux partent à New York et j'atterris à Cannes où je rejoins Claude et les danseurs pré-pro (toujours cette nomenclature étrange qui désigne des étapes d'une vie de danse). Hacène y a remonté Foudre, une pièce que nous avions créée l'année dernière.
Là encore redire la passion qui nous habite et partager avec tous l'intensité d'un désir qui explose. La danse est belle, l'esprit de groupe émane. Là toujours dire et redire que l'ego n'est pas le but. Redonner la force du groupe, de l'écoute, du déchirement : cette qualité fusée qui surgit hors de soi, s'échappe, s'offre et brise le carcan solide de la non communication. Foudre est une pièce taillée sur mesure,
Foudre, une errance, un coup de foudre, un sonnet pour quatre danseurs et
Deux danseuses. Créer pour eux, avec eux, un échange hors de mots.
D'où surgit tel un éclair qui raye la nuit, la poésie des corps qui vivent.
Une création pour six danseurs du Cannes Jeune Ballet, autour de
L’électricité violente qui prend sa source dans l'impétuosité du groupe. S’emporter dans un mouvement immédiat,
Quelque chose de l’ordre du non-analysable, un geste à prendre en soi, dans
Soi avec l'autre.
Un éclair sauvage dans les cieux, zébrant,
Tranchant. Romantisme. Une pièce rapide dans l’énergie de l’écriture, libres.
Rebelle et turbulente dans le corps même, attrapée.
Gestes déchirant l’espace, duo magma, matière et portés. Vivre la création
En direct dans cet entremêlement des corps. Une danse acrobatique et ciselée
Mouvements secs et sensuels et tourmentés.
De fait entre l'élève et le danseur un océan s'étend ; le traverser ouvre le
Risque à la noyade, au coup de foudre.
photo de l'année dernière désolé. Pas eu le temps d'en prendre cette fois
Et puis repartir.
La route. La maison un instant. Et repartir. parce que la danse est mouvement, que le monde est vaste et qu'il y a urgence à dire que nous devons vivre nos corps et nos les contraindre, les formater, les éduquer, les pressionner, les inculquer.
Lundi ; c'est le Caire.




