Parfois des bouffées d’écriture me remontent à la tête, des idées, des sensations, phrases et discours s’achèvent et se forment. Borborygmes pleins de sens que je sens frémir, qui s’imposent et demandent à sortir. Mais je les efface. Tête que te transformes-tu en cellule ?

Je les tais. Je les terre en un silence craintif. Je les garde comme pour les mûrir pour plus tard. L’accouchement est intense, douleur nécessaire m’a-t-on dit. Le temps les enterre, les écrase et les meurt. L’écrit s’éteint. Noir silence sur blanc papier. Tête que te transformes-tu en cellule ?

Parfois des élans frénétiques de crier me viennent à la bouche et je les efface. Je les efface dans un haut-le-cœur de pudeur. Timidité. Peur panique de montrer le hurlement qui couve. Il reste en moi, il bouillonne, me violente, tambourine contre les parois internes. Larynx que te transformes-tu en prison ?

Parfois des envies délirantes de danser m’envahissent. Les trépidations cinglantes d’une musique muette possèdent mes muscles et la toile tendue de l’épiderme. Les pulsations me cognent et m’insurgent. Dans l’apparence de l’extérieur ; je dors. Dans l’invisible de l’intérieur ; je fulmine, je suis lave incandescente. Corps que te transformes-tu en cachot ?

Parfois l’envie de danser la vie, de danser la vérité du monde, de danser l’humanité multiple et innombrable m’accapare. Je ne suis plus que ce frisson, je ne suis plus que parole de geste, je ne suis que silence du mouvement et démence.

Alors quand l’envie de danser le chant, d’écrire la danse, de chanter les corps m’étreint et s’allume, je la laisse immoler mon présent et je brûle dans la danse tourmente et passion qui s’expulse ici. Là. Tout brûle et crame, tout s’allume et s’incendie. Tout m’obsède et me viole, je ne suis plus qu’une proie dans les serres d’un aigle divin.

Je ne suis plus que danse.

 

Eclats d'Absinthe - copie

 

Bohème H