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Claude Brumachon signe une pièce magistrale sur l’origine de l’homme et sa lente évolution vers le début d’une certaine quête d’identité et d’humanité

Alors que Claude Brumachon et Benjamin Lamarche, les co-directeurs du CCN de Nantes, offrent d’habitude la primeur de leurs créations aux nantais, « D’indicibles Violences » fut présentée pour la première fois en 2012 au Temps d’Aimer de Biarritz. Cette pièce pour huit danseurs dessine la genèse de l’être humain.

Sous une lumière sépia, ces hommes magnifiquement sculptés et quasiment nus, évoquent ce besoin d’exister avec une puissance sauvage. Mi Dieu, mi homme et mi oiseau, la fureur est le premier moyen d’expression de cet étrange rapport entre individus. Sauts et violentes réceptions au sol, mouvements accordés et désaccordés s’enchaînent dans un rythme étourdissant car Brumachon n’a rien épargné aux interprètes. La sensualité instinctive de ces mâles, leur incroyable énergie de survie et la nudité de l’âme expriment la vérité cinglante de nos origines.
Puis, des petites touches de douceur, des regards et l’écoute de l’autre se dessinent subrepticement. Les corps brillants recouverts de sueur maîtrisent petit à petit leurs basiques instincts pour découvrir au fil du temps leurs émotions, leurs sentiments, leurs identités soutenus par une magnifique création musicale de Christophe Zurfluh. Celle-ci ponctue avec délicatesse chaque étape du geste primitif vers l’état d’âme. Entre bruit de jungle, son du ruissellement de l’eau sur les feuilles des arbres, cliquetis angoissants, cris d’animaux, elle est le neuvième interprète de cette œuvre tant elle fait partie intégrante de la pièce. D’un ils deviennent duo puis trio et quintet pour finir dans une émouvante communion évoquée par un cantique. L’Homme est né.

Comme pour « Phobos » (2007), Claude Brumachon excelle dans le registre de la condition humaine. Il sait parfaitement bien nous entraîner dans son univers où l’homme se cherche, accuse, aime, manifeste. Il décrit avec talent et sans vergogne les dérives de l’être humain, le déficit de sa sociabilité et l’altération de la grandeur d’âme.

Sophie Lesort