Les mots de Claude Brumachon…

Entretien réalisé à Bordeaux le vendredi 15 février 2013

Laurent Croizier - Après plusieurs semaines de travail avec les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux, vous présentez votre nouvelle création, Parfois une hirondelle ; pourquoi ce titre ?

Claude Brumachon -  Sand et Musset, Camille Claudel et Rodin, Rimbaud et Verlaine… Ce sont ces amours intenses, passionnés, violemment romantiques qui nous ont — Benjamin Lamarche et moi — inspiré l’intitulé de cette nouvelle chorégraphie. Car les hirondelles annoncent le printemps. Et que les amours — comme les fleurs et les passions — naissent au printemps. Le possible est là, et l’impossible aussi…

 

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LC - C’est votre 95e création. Comment naissent les idées qui irriguent votre vocabulaire chorégraphique ?

CB - Les choses s’enchainent logiquement. 95e création, et 5e création cette saison. Les pièces s’enrichissent les unes les autres. Mon travail sur cette chorégraphie a débuté il y a plusieurs mois. En fait, lorsque que j’envisage une nouvelle œuvre, j’y pense tout le temps. Et les idées viennent spontanément, au fil de la journée, en observant telle ou telle personne dans la rue, en traversant un jardin public ou je suis interpellé par telle ou telle attitude, en observant les sculptures sur une fontaine… Je reste invariablement réceptif et concentré. Constamment disponible. Au point que les choses se mettent ensuite en place assez naturellement avec les danseurs.

 

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LC - C’est la musique de Beethoven qui vous sert de toile sonore. Pourquoi faire appel à un compositeur que vous avez déjà cinq fois exploré ?

CB - Beethoven s’est imposé à moi. Son tempérament rebelle, passionné, extrême, emporté… correspond à l’esprit de cette chorégraphie. Puis c’est effectivement une récurrence dans mon travail. Et ici une évidence.

 

LC - Quel est le visage de cette chorégraphie ?

CB - Elle est écrite pour un groupe important de danseurs, vingt exactement, ce qui la distingue des deux précédents ballets écrits pour la compagnie bordelaise Indomptés et Etreintes brisées. C’était une évolution logique. Due peut-être à ma formation de peintre : une toile en amène une autre, puis une autre…

Le geste sera fluide mais traduira une déchirure profonde. Ma personnalité est comme cela, très passionnée, tempétueuse. Et cela se lit dans notre écriture, à Benjamin et à moi. Les Romantiques reviennent dans nos créations de manière cyclique car il y dans leur esthétique ce côté charnel, sensuel qui nous émeut. Chaque créateur a ses obsessions. Et il tourne autour toute sa vie ! Notre style est facilement indentifiable. Et notre philosophie d’écriture, totalement assumée, est notre signature. Trois mots, donc, pour caractériser le ballet : élan, spirale, tourment.

 

LC - Comment s’est déroulé votre travail avec les danseurs du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux ?

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J’avais l’entière confiance de Charles Jude. De plus, les danseurs et moi, nous nous connaissions. Et si notre écriture n’est pas facile, elle n’a jamais soulevé l’opposition des artistes de la compagnie. Au contraire, nous n’avons eu que des bons retours. Quant au choix des interprètes, c’est une subtile alchimie qui tient au talent des individus mais aussi à quelque chose de plus intime... Je suis venu en juin dernier lors d’une barre. Et j’ai observé les différentes personnalités. Vingt danseurs et danseuses se sont imposés. Disons que j’ai trouvé une logique entre ces vingt-là.

 

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LC - Comment situez-vous cette création par rapport à l’ensemble de votre production ?

CB - Certaines de mes créations sont très contemporaines… D’autres, puisent leur inspiration dans le passé — ici le romantisme. Mais la question n’est pas là. L’objectif est d’être dans l’actualité. Car mon travail s’accomplit sur le vivant. En réalité tout est contemporain dès lors que cela est dansé aujourd’hui.

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J’ajouterai même que tout se construit jusqu’à la représentation, y compris le non-vivant que sont les costumes. Pour Parfois une hirondelle, je songeais initialement à n’utiliser que des robes. Mais j’ai senti il y a peu que quelque chose n’allait pas. J’ai donc mis trois pantalons au milieu des robes. Et cela a permis un certain équilibre nécessaire. La création est un processus qui doit être non laborieux mais marqué du sceaux de l’évidence. Les pantalons se sont imposés, naturellement.

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Et la chorégraphie doit opérer de même. Naître naturellement. Comme un geste libre. Non contraint. Vivant.