Le handicap ! Quelle avanie serait-ce si on ne prêtait d'importance qu'au premier regard. Celui de la claudication, de la démarche hésitante, de la main recourbée, de l'attention distraite. Quelle avanie cela semblerait être si on ne portait les yeux que sur l'externe. L'enveloppe, si belle pourtant quand on sait ne pas la comparer, la mettre en concurrence, en superposition.

Journées remplies de rencontres:

Hier nous sommes au collège de la Collinière : Claude, Vincent, Julien, Steven, et moi pour une première étape de travail avec les collégiens. Et vlan ! En voici 29 qui déboulent toute braillerie dehors dans le grand gymnase frisquet sur les hauteurs de Nantes. 29 adolescents qui s'amènent sur le terrain sans trop savoir ce qui les attend. Remplis d'a priori, d'idées reçues et de réticences: la danse n'a pas finit de se faire comprendre.  Mais, elle ne rebute pas que les gars, des filles se montrent aussi empotées que des plantes vertes. Les autres, sur leurs fauteuils roulants sur leurs jambes mal assurés, avec leurs doutes énormes, leur panique et leurs incompréhensions, leurs oreilles absentes, réussissent à s'abandonner à l'évasion des corps. Corps avec corps, communauté des voyages qui s'amorcent dans le cercle formé par la ronde des danseurs et des collégiens.

 

Je m'appelle Benjamin et je pars en voyage; je pars en voyage avec vous, avec toi. Je roule, je tourne, je virevolte et je te suis, je t'accompagne, tu m'emportes. Le langage du corps finit bien après une heure de relais d'énergie, de geste, de propositions chorégraphiques par emporter  tout le monde. La force de persuasion de Claude, celle des danseurs, celle des quelques fortes têtes passionnées par ce nouveau défi de poètes du corps accaparent l'attention, les rires se calment et les yeux se fixent sur le but des traversées. Danser ? N’est-ce pas traverser la vie avec ce corps qui nous porte et nous transporte, nous emporte et nous colporte de sensation en sensation.

Aujourd'hui, à Saint Jacques, nouveau public. Nous sommes en hôpital de jour, un accueil pour  ces âmes en détresse de vivre. En désespoir de comprendre ce voyage à Terre, ce temps sur Terre. Nous présentons trois duos. Pas les plus simples, les Philosophes, ce duo d'ouverture du Témoin qui semble allié (aliéné) sur une chaise deux individus vêtus d'une blouse grise. Qui est qui? Qui dirige l'autre? le deuxième duo traite de l'amour passionnel, l'élan tourmenté et sculptural des deux êtres entre concurrence et déchirement fougue dévastatrice tellement convoitée; le troisième duo emporte un homme et une femme dans une danse qui valse entre souvenir et présent simple, entre gigue rurale et entente sensible.

Trois duos différents et qui chopent ce public fragile dans le trop plein d'un émotionnel qui les retient sur le bord de l'abîme de vivre. La danse, l'art, n'est pas une thérapie en soit, mais elle peut participer au grand débat de la compréhension de l'autre. La vision de l'artiste se partage dans l'étreinte des corps et le langage passion redonne une force de vivre qui longtemps — à écouter le personnel encadrant — restera dans l'imaginaire trouble et volcanique de ses hommes et de ses femmes que nous avons accompagnés un temps.